La primaire est un événement sans précédent qui pose de redoutables problèmes aux instituts de sondages. Deux types de sondages sont réalisés et invoqués dans les commentaires. Les premiers tentent de sonder le corps électoral de la primaire dont on ne sait rien ou pas grand-chose (les prévisions oscillent entre 500 000 et 5 millions de participants).
Leur fiabilité est très faible compte tenu des incertitudes sur l'ampleur de la participation, un des enjeux politiques les plus saillants de la consultation, et de la méconnaissance des caractéristiques sociologiques ou territoriales des votants. Il est donc impossible de construire des échantillons représentatifs (de quoi ?).
Faute de précédent, aucun "redressement" sérieux n'est possible. Ces difficultés n'empêchent pas la plupart des instituts de produire des enquêtes en multipliant les types de groupes sondés (participants "sûrs" à la primaire, sympathisants de gauche ou socialistes...).
Les échantillons bricolés sont souvent de taille insignifiante : Opinion Way a publié le 1er septembre une enquête reposant sur une population étriquée de 222 électeurs potentiels (voir les analyses fouillées de l'Observatoire des sondages).
Prudence voire abstinence
Le deuxième type de sondage propose plus classiquement des intentions de vote à l'élection présidentielle construites à partir de scénarios de premier et de second tours avec les différents candidats des primaires. Depuis juin, toutes les enquêtes donnent Martine Aubry et François Hollande vainqueurs au second tour avec de meilleurs scores pour le second.
Ces limites méthodologiques ont été maintes fois relevées par les candidats, les journalistes ou les sondeurs eux-mêmes. Ségolène Royal, consacrée par les sondages en 2006, les dénonce aujourd'hui. Elle a saisi la Haute Autorité de la primaire qui a conseillé aux candidats de saisir "aussi souvent que nécessaire" la Commission des sondages.
La prudence, voire l'abstinence, devrait être de mise. Mais l'addiction des commentateurs politiques aux sondages et la peur du vide (une campagne privée d'"opinion") rendent irrépressible l'usage des sondages.

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