par challengesPARIS (AP) — Le deuxième débat télévisé qui a opposé mercredi soir les six candidats aux primaires socialistes s'est avéré bien plus animé que le premier, les participants s'affrontant vigoureusement sur les questions économiques. François Hollande, donné favori par les sondages, a donné l'impression de se voir déjà à l'Elysée, faisant de la jeunesse non seulement son thème de campagne mais le cap de son mandat.
Alors que le premier débat, jeudi dernier sur France-2, avait été très policé et courtois, les échanges sur le plateau d'i>télé sont devenus particulièrement vifs lorsqu'ont été abordés les sujets économiques.
La "TVA sociale" proposée par le député-maire d'Evry (Essonne) Manuel Valls a été fustigée par ses camarades. La présidente du conseil régional de Poitou-Charentes Ségolène Royal l'a qualifiée de "TVA anti-sociale". La maire de Lille Martine Aubry a souligné qu'une telle mesure pèserait d'abord sur les classes populaires et moyennes. Le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg a quant à lui accusé Manuel Valls de "faire dans une primaire de gauche des propositions de droite". Réponse de l'intéressé: "Personne ici n'a le monopole de la gauche".
Juste avant, Ségolène Royal avait interpellé son ancien compagnon François Hollande, exigeant de savoir qui acquitterait la "contribution écologique" qu'il venait de proposer. Devant ces échanges houleux, la Première secrétaire du PS Martine Aubry, qui a délégué ses fonctions le temps des primaires, s'est sentie tenue d'intervenir pour rappeler que tous les prétendants à l'investiture socialiste étaient d'accord sur la réforme fiscale.
François Hollande a voulu se positionner au dessus de la mêlée. Le député de Corrèze a rappelé mercredi qu'il avait fait de la jeunesse l'enjeu de sa candidature. "Ce sera le cap, pas simplement le cap pour une campagne, le cap pour un mandat!" a lancé l'ancien Premier secrétaire du PS.
François Hollande a une nouvelle fois défendu le "contrat de génération" qu'il propose: chaque employeur qui garderait un senior jusqu'à la retraite et qui embaucherait en même temps un jeune de moins de 25 ans en CDI serait exonéré de cotisations sociales sur les deux emplois. "Ce contrat de génération, ça va lier les âges", a-t-il promis.
Craignant que cette mesure n'ait que des effets d'aubaine, Martine Aubry a suggéré à la place de "taxer les entreprises qui se débarrassent tôt (...) des seniors".
Autre divergence: Ségolène Royal a souhaité "inscrire dans la loi l'interdiction des licenciements boursiers", tandis que Martine Aubry se contenterait de permettre aux salariés de saisir le tribunal de commerce pour empêcher la fermeture de leur entreprise si elle est rentable.
Le chantre de la démondialisation Arnaud Montebourg a défendu un protectionnisme européen qui consisterait à surtaxer les produits en provenance de pays qui ne respectent pas les normes sociales et environnementales en vigueur sur le Vieux Continent.
François Hollande a proposé de changer le mode de calcul du SMIC et de mettre fin aux stock-options. Estimant que les entreprises trouveraient toujours des moyens détournés de verser des sur-salaires, Martine Aubry a suggéré qu'ils soient taxés au même niveau que les rémunérations classiques. Ségolène Royal a souhaité que la loi impose "une progression obligatoire salariale dans les entreprises qui font des bénéfices".
Sur le thème de la sécurité, Manuel Valls a offert de "généraliser" les polices municipales. Martine Aubry a promis de déployer 10.000 policiers en plus sur cinq ans. Arnaud Montebourg a estimé qu'il fallait "associer" la population à la politique de sécurité. Ségolène Royal a une nouvelle fois défendu l'encadrement militaire éducatif des jeunes délinquants. Ce à quoi François Hollande a rétorqué qu'un délinquant condamné devait avoir affaire à l'administration pénitentiaire et non à une autre institution.
Sur les sans-papiers, François Hollande et Martine Aubry se sont prononcés pour des régularisations au cas par cas sur la base de critères qui incluraient l'insertion professionnelle, la durée de la présence sur le territoire et la vie de famille. Tandis qu'Arnaud Montebourg a préconisé des "critères généreux", Ségolène Royal a noté qu'il fallait être "très prudent sur cette générosité aux dépens des autres", à savoir les immigrés en règle. Elle a prôné "un démantèlement et une répression des trafiquants de main-d'oeuvre". Unique candidate non-socialiste aux primaires, le président du Parti radical de gauche (PRG) Jean-Michel Baylet s'est prononcé "pour la suppression du délit d'aide au séjour illégal". Manuel Valls a, lui, considéré que "notre système d'intégration ne marche plus". "Dans une période de chômage mais aussi de tensions dans les quartiers", il a jugé que "des reconduites à la frontière" étaient nécessaires.
Pour clore le débat, les candidats ont été interrogés sur la morale en politique, tandis que la droite est éclaboussée par l'affaire Karachi. Martine Aubry a souhaité "que le statut pénal du chef de l'Etat et des ministres change pour que, pour tout ce qui n'est pas lié à leurs fonctions, ils puissent être jugés comme tous les citoyens". Pour Ségolène Royal, "tout élu qui serait condamné pour des faits relevant de peines privatives de liberté sera immédiatement démis de ses fonctions et inéligible à vie". Arnaud Montebourg a quant à lui assuré que son projet de VIe République allait "beaucoup plus loin" et ouvrait "une nouvelle ère démocratique".
Le troisième et dernier débat entre les six candidats aura lieu le mercredi 5 octobre à 20h30 sur BFM et RMC.
Le premier tour de la primaire est organisé le dimanche 9 octobre. Si aucun prétendant à l'investiture ne dépasse les 50%, les deux candidats arrivés en tête s'affronteront au second tour, le dimanche 16 octobre. AP

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