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jeudi 6 octobre 2011

Débat de la primaire : "Hollande a pris le moins de risque possible

par le monde

Au terme du troisième débat entre les six candidats à la primaire, mercredi 5 octobre, Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde et Patrick Jarreau, chef du service politique du Monde, ont répondu en direct aux questions des internautes.

>> Relisez tout le suivi en direct du débat

  • Bastien : Quelle a été pour vous la formule choc de ce débat ?

Françoise Fressoz: L'émission a été jalonnée de formules chocs. Comme si chaque candidat essayait dans la dernière ligne droite de donner les clés du vote à ses électeurs. Chez Mme Aubry, la formule choc fut : "La politique c'est vouloir, faire, et changer". Chez M. Hollande, la formule qui m'a frappé fut "mon programme sera socialiste" parce que certains le soupçonnent depuis le début de faire une campagne au centre. Une volonté de bien marquer que la gauche, c'est le changement. Puis M. Valls qui a dit "un président qui ne déçoit pas", avec une volonté d'être très proche du réel. Et, enfin, M. Montebourg avec cette formule : "Les tribunaux sont plus à gauche que Manuel Valls".

Patrick Jarreau: Chez les deux candidats les plus jeunes, deux formules m'ont frappé. Valls : "Les Français ont peur des idéologies et des réponses du passé" et Montebourg : "Depuis 30 ans, on a tout laissé aller dans ce pays [soit 1981]". On voit bien comment tous deux se situent non seulement dans l'après mitterrandisme mais dans l'après génération Jospin.

  • Thomas : Pensez vous que les primaires font du bien aux PS ?

Patrick Jarreau: La primaire fait du bien au PS dans la mesure où elle transforme la désignation de son candidat à la présidentielle en un événement de politique nationale. Ce qui peut assurer au candidat qui sera désigné une dynamique pour la campagne présidentielle elle-même. En même temps, cette procédure dépossède le parti et ses militants d'une de leur principales prérogatives. On peut donc considérer que le parti tel qu'il fonctionnait traditionnellement depuis au moins 40 ans s'affaiblit et va devoir évoluer vers un autre type d'organisation.

Françoise Fressoz: Le recours à la primaire révèle aussi la difficulté de la gauche à faire émerger un leadership. Depuis la fin du gouvernement Jospin, on voit bien qu'aucun leader n'a réussi à s'imposer sans cette manifestation démocratique.

  • Jmbourdo : Qui a financé la campagne de chaque candidat de la primaire ? Le parti socialiste ?

Patrick Jarreau: Le PS a mis à la disposition de chaque candidat une somme de 50 000 € pour faire campagne dans la primaire. Certains candidats ont ajouté à cette dotation des collectes organisées parmi leur partisans ; cela a été le cas notamment de Martine Aubry.

  • Mathieu : Pour vous, des primaires à droite pour 2012 sont-elles encore imaginable ?

Françoise Fressoz: Pour 2012, cela me paraît improbable. Dans la mesure où une candidature de substitution à M. Sarkozy ne s'impose pas vraiment. Il y a sans doute un fantasme d'une candidature Juppé, mais le ministre des affaires étrangères est au gouvernement, il assure qu'il est fidèle à M. Sarkozy et il faudrait vraiment que ce dernier renonce, ce qui paraît peu probable, pour que la droite organise une primaire. L'hypothèse paraît en revanche davantage crédible pour 2017 tant la foire aux ambitions est pregnante à droite. Rappelons que les statuts de l'UMP prévoient que le candidat à la présidentielle se soumette au vote des militants du parti.

  • Edgar : Vers qui se reporteraient les voix de Royal après le 9 octobre?

Patrick Jarreau: Martine Aubry a très clairement marqué sa volonté de rupture en se faisant la garante d'un "changement profond" ce qui pourrait attirer davantage les partisans de Mme Royal. François Hollande a lui tenu un langage de rigueur plutôt que de rupture. Manifestement, Mme Aubry a cherché à prendre une option de ce côté là mais beaucoup dépendra des conseils de vote que donnera Mme Royal, car l'électorat qu'elle concerne lui voue une grande confiance personnelle. Alors que les partisans des autres candidats adhèrent plutôt à des programmes.

  • Guest : De votre point de vue quels sont les thèmes où ils sont le plus divisé ?

Françoise Fressoz: Un thème a vraiment fait la différence, c'est l'éducation. Ce n'est sans doute pas un hasard, parce que la rénovation de l'éducation sera un thème clé de 2012 et parce que la reconquête du corps enseignant pour la gauche est extrêmement important. On a retrouvé dans le débat Hollande-Aubry un affrontement qui avait déjà eu lieu lorsque Lionel Jospin avait fait la réforme de l'éducation que Laurent Fabius avait préparé lorsque la gauche était dans l'opposition. M. Fabius voulait échanger des augmentations de salaire contre une rénovation du système éducatif. Et M. Jospin avait préféré faire appliquer la revalorisation sans contrepartie. Martine Aubry se situe aujourd'hui dans les traces de M. Fabius, elle veut bien des augmentations de postes, mais en échange d'une rénovation profonde du système éducatif. M. Hollande considère lui que le désenchantement des enseignants est tel qu'il faut leur donner des gages sur les créations de postes avant même de mettre en oeuvre la réforme.

  • Jmbourdo : Que pensez-vous des sondages ? Sont-ils crédibles face à ce nouvel exercice ?

Patrick Jarreau: Les sondages sont évidemment d'autant plus aléatoires qu'on a affaire à un exercice électoral sans précédent. Et il est difficile de prévoir avec certitude la composition du corps électoral de cette primaire. Dans ces conditions, il est plus important que jamais de disposer d'échantillons larges, ce qui n'est pas toujours dans les moyens des acheteurs de sondages.

Françoise Fressoz: On ne peut absolument pas savoir ce que donnera le résultat. En revanche, on peut constater que le résultat des sondages a influé sur les campagnes des uns et des autres. M. Hollande a mené une campagne de favori, Aubry a constamment essayé de le détrôner, Valls et Montebourg ont cherché à augmenter en notoriété, en jouant l'affrontement.

  • Mathieu : Ségolène Royal ne serait elle pas la grande perdante de ce débat ?

Françoise Fressoz: Ce qui m'a frappé dans ce dernier débat, c'est la volonté de Ségolène Royal de prolonger la "magie" de la campagne de 2007. Elle a presque demandé aux électeurs de la primaire de lui donner cette chance. Je pense que c'était une façon de reconnaître qu'elle était moins dans la course qu'il y a cinq ans. Elle vit avec ce souvenir intense, elle prend plaisir à la campagne mais elle a beaucoup plus de difficultés à prendre la main.

Patrick Jarreau: Les concurrents de Mme Royal ont tiré les leçons de son succès à la primaire de 2006 en pillant très largement certaines de ses idées les plus marquantes. De sorte qu'elle se trouve en difficulté aujourd'hui, au moment où ses axes de campagnes d'il y a cinq ans sont en grande partie validés.

  • Mathieu : Croyez vous a un scenario surprise ? Un Valls - Montebourg par exemple

Patrick Jarreau: Si l'on se réfère aux sondages, le seul qui ait marqué un progrès important est M. Montebourg qui de toute évidence, aimerait arriver à la troisième place. Rien n'indique qu'il puisse viser mieux. Mais le fait de détrôner Mme Royal serait pour lui évidemment une victoire importante et l'assurerait d'un rôle majeur pour la suite, surtout si la gauche l'emporte effectivement à la présidentielle. Il n'y a pas qu'à droite que les "quadras" réfléchissent à 2017 ...

  • Toto : Hollande ne se dévoile pas. C'est un problème, justement

Françoise Fressoz: M. Hollande s'est installé dès le début dans la position du favori. Son jeu consiste donc à y rester et à prendre le moins de risque possible. C'est la raison pour laquelle il a semblé en retrait par rapport aux autres candidats, dans le débat. Il n'oublie pas que la campagne présidentielle se joue à trois ou quatre tours et que s'il se retrouve en finale face au candidat de droite, il a intérêt à ne pas tout dévoiler d'un coup, à ne pas s'exposer aux attaques de la droite. Il gère une campagne de long cours.

  • Guest : Ces six acteurs nous auront donné une idée d'un possible futur gouvernement...

Patrick Jarreau: Comme lors du deuxième débat, le souci de se montrer comme une équipe capable en effet de gouverner ensemble a été manifestement très présent. Néanmoins sur les deux ailes Manuel Valls et Arnaud Montebourg ont cherché à se différencier nettement. Ségolène Royal a revendiqué l'ancrage populaire et l'audace dans les mesures comme si elle se plaçait déjà en censeur d'un futur gouvernement de gauche, dont elle serait en quelque sorte la conscience réformatrice. Ce qui est apparu aussi, ce sont les esquisses d'alliance dessinées d'un côté par Mme Aubry en direction de M. Montebourg et de Mme Royal et de l'autre par M Hollande, courtisé assez clairement par Manuel Valls.

  • Jmbourdo : Pensez-vous que Hollande s'est détaché lors de ce débat ?

Françoise Fressoz : Il me semble que sa stratégie, comme dans les deux débats précédents, a été de se tenir hors de la mêlée et de ne pas trop en dévoiler. Il me semble que sa stratégie, comme dans les deux débats précédents, a été de se tenir hors de la mêlée et de ne pas trop en dévoiler. Sur l'éducation, où il a été attaqué à la fois par Mme Royal qui a repris le chiffrage de l'UMP sur la création des 60 000 postes d'enseignants et par Mme Aubry, il s'est montré pugnace, défendant l'opportunité de sa mesure.

Le Monde.fr

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